
le mois dernier, on vous parlait de ces enfants qui parlent plusieurs langues et de leur rapport au tahitien et au français. On continue ce mois-ci à la rencontre de la famille de Yuriko, qui parle français, anglais et japonais à la maison.
Le multiculturalisme est bien présent en Polynésie, avec des familles venues de tout le bassin Pacifique et d’Europe. Anglais, japonais, allemand ou encore māori, on peut entendre une grande variété de langues à la sortie de l’école ! Yuriko nous a fait part de son expérience.
[Yuriko] “Je suis demi-japonaise, et petite, c’est mon père qui m’a transmis la langue. Il ne nous parlait qu’en japonais à mon frère et à moi, tandis que notre mère nous parlait en français. Et lorsque je suis devenue maman, il m’est naturellement venu l’envie de reproduire cette dynamique avec ma fille, car cela fait partie de son identité à elle aussi. Ainsi, depuis qu’elle est toute petite je lui parle en japonais avec des mots simples et des phrases du quotidien. Mon chéri, lui, lui parle en anglais : nous avons tous les deux fait nos études à Hawaii, et cette langue fait partie de notre histoire.”
Yuriko et son conjoint exposent donc leur fille à deux langues en plus du français, qui est sa langue d’apprentissage à l’école.
[Yuriko] “Notre but, ce n’est pas d’en faire une enfant “super trilingue” mais de stimuler son cerveau et d’attiser sa curiosité : que les langues deviennent pour elle un jeu, une porte vers d’autres cultures. Alors à la maison, on passe du “Ohayō!” au “Good morning!” sans même y penser et notre fille suit sans difficulté. Certains nous demandent : « Mais… ça ne la perturbe pas ? » Je ne pense pas! Au contraire. Les enfants sont comme des éponges : ils absorbent les sons, les mots, les émotions. Parfois, elle mélange les langues, mais c’est une étape normale — et adorable! (Arigatō so much!).”
Le charabia des enfants exposés à plusieurs langues peut parfois effrayer, mais il fait partie du cycle normal d’apprentissage du langage. Les linguistes et les enseignants ont même pu observer que le fait d’être exposé à plusieurs langues développe la compétence métalinguistique des enfants. C’est cette capacité qui permet à l’enfant de comprendre que le mot, ou le son du mot qu’il perçoit, n’est pas la chose que ce mot désigne: ainsi, quand un enfant sait que pour parler de la mer, ses parents peuvent dire “mer”, “miti”, ou “sea”, cette compréhension est accélérée. Elle peut plus tard faciliter, pour les enfants bilingues, l’apprentissage d’autres langues mais aussi la compréhension de la grammaire.
Une langue, c’est également tout un imaginaire. “Ce que j’aime aussi,” confie Yuriko, “c’est cette complicité que créent les langues. Quand je lui parle en japonais, ce n’est pas seulement une langue, c’est comme un petit monde que l’on partage rien qu’à nous. Et quand son papa lui répond en anglais, c’est tout un autre univers qui s’ouvre à elle.”
“Si j’avais un message à transmettre aux autres parents, ce serait : n’ayez pas peur de parler votre langue à votre enfant, même si vous ne la maîtrisez pas parfaitement. L’intention et l’amour valent plus que la perfection. Une langue, c’est un héritage vivant. Et le plus beau cadeau qu’on puisse transmettre.”