D’où viens-tu, coco ?

Son origine et son usage

     Peut-on imaginer un arbre dont toutes les parties sont exploitables par l’homme et se révèlent indispensables à sa survie depuis des siècles ?

     On pourrait quand même envisager d’y soustraire ses racines, mais non ! Là encore, ce sont elles qui lui permettent de résister aux pires déchaînements climatiques.

 

Ne cherchez pas la réponse car il n’existe qu’une seule espèce comme celle-là et son appellation scientifique est cocos nucifera, ce dernier terme signifiant « qui porte des noix ». Il est appelé ha’ari à Tahiti ou ‘ehi aux îles Marquises, mais, en français, il ne porte qu’un seul nom connu de tous : cocotier !

 

Une utilisation multiple

Ce cocotier, image incontournable des clichés sur la Polynésie où il couvre de son ombre une plage de sable blanc face à un lagon translucide, fait partie des espèces de palmiers. Depuis les temps les plus reculés, il s’est toujours présenté comme l’arbre le plus providentiel de l’ensemble des îles océaniennes.

Il est en effet difficile d’imaginer à quel point ses usages peuvent être multiples. Comment concevoir que chaque partie de la plante se révèle absolument salutaire ? Elle est utilisée, en tout premier lieu, pour l’alimentation mais on la retrouve également dans la médecine traditionnelle. Elle joue de plus un rôle excessivement important dans la cosmétique avec, entre autres, l’élaboration du monoï.

À cela s’ajoutent ses troncs qui deviennent des poteaux pour la construction ainsi que ses feuilles qui, une fois tressées, servent à couvrir les toitures. Enfin, son bois sert à la fabrication de divers objets, notamment des pièces d’artisanat de grande qualité.

 

Mais alors d’où viens-tu, coco ?
À l’aune des dernières découvertes, le cocotier est généralement considéré comme originaire de la Malaisie ou de la Mélanésie. Cependant, il faut admettre que son origine exacte demeure encore aujourd’hui sujette à débat. Par contre, il est avéré que sa diffusion dans le monde entier s’est effectuée de la manière la plus naturelle qui soit, grâce à la flottaison des noix au gré des courants marins. Il faut ajouter à ce phénomène une action souvent bien plus tardive liée aux migrations humaines et aux divers voyages des circumnavigateurs.

Ainsi, lors du peuplement des archipels du Grand océan, certaines variétés de cocotiers domestiquées par les premiers Polynésiens et sélectionnées pour leurs différents usages ont été embarquées sur leurs grandes pirogues doubles pour les transplanter dans les îles qu’ils rencontraient.

 

 

La légende de l’anguille

Dans les mythes d’origine, partout dans le Pacifique, le cocotier est issu de la tête de Tuna, l’anguille mythique géante, qui aurait été décapitée par le dieu Maui. Pour l’anthropologue Frédéric Torrente : « Cette analogie du cocotier à l’anguille, symbole de la migration, en dit long sur son caractère voyageur. Le cocotier qui, comme l’anguille, a voyagé, est le symbole de processus migratoires. »

Depuis des temps immémoriaux, le cocotier a toujours été considéré comme l’arbre bienfaiteur aux mille usages. D’abord parce que son eau assure l’un des premiers besoins de l’homme qui est de boire, ensuite parce qu’il offre la pulpe de ses noix comme nourriture, et enfin parce que le lait de coco obtenu en râpant cette pulpe a toujours été utilisé pour accompagner les aliments consommés, qu’ils soient crus ou cuits.

L’importance du cocotier se concrétise encore plus lors des premiers contacts avec les navigateurs européens où ce sont les noix de cet arbre qui vont d’abord servir de monnaie d’échange. Dès l’intensification des visites des navires occidentaux, la quête d’huile de coco remplacera celle des noix ce qui amènera le développement des plantations de cocotiers, dès 1850, par les missionnaires de la London Missionary Society, puis par les missionnaires catholiques.

 

Les cocoteraies s’imposent sur les forêts primaires

Au début du XXème siècle, la cocoteraie est présente sur la quasi-totalité des atolls, transformant ainsi à jamais leur paysage originel. Aujourd’hui, la végétation primaire ne subsiste que sur quelques très rares atolls. Ces premières cocoteraies ont été ravagées par les cyclones de 1903 et de 1906 ce qui obligea à replanter à nouveau.

Paradoxalement, l’activité économique liée au coprah est passée dans les mentalités comme « une richesse venant des ancêtres ». En effet, l’expression « faire le coprah », un travail d’origine importée et rappelant l’époque coloniale, est assimilée désormais à une occupation venant directement de la manière de vivre des anciens Polynésiens.

 

Le monoï
Pour finir, le cocotier demeure la plante cosmétique la plus utilisée en Polynésie en raison de l’emploi de l’huile grasse tirée du coprah qui sert d’ingrédient principal du monoï.

Les fleurs de tiare tahiti, cueillies au stade de bouton, sont utilisées au plus tard le lendemain de leur récolte. Elles sont mises à macérer dans l’huile de coprah raffinée au moins dix jours à raison d’au moins dix fleurs par litre d’huile.

Ainsi, elles font la renommée de la Polynésie grâce à ce cocotier arrivé d’on ne sait où…

                                                               

Patrick Chastel

Écrivain

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